Lettres ouvertes
L'intimidation en milieu scolaire
Personne ne veut être la cible de plaisanteries et de menaces
Lundi le 1er novembre 2004
Par Serge Brochu et Caroline Savard.
Les auteurs sont respectivement
Président et directrice générale
de la Société de criminologie du
Québec.
Lorsqu’on évoque le mot école on pense à un lieu de
formation, d’apprentissage et de progression. L’école constitue
également un milieu de vie où les élèves sont en constante
interaction avec leurs pairs ainsi qu’avec les adultes qui les
entourent. Considérant ces deux affirmations, on peut se
permettre de penser que l’école offre à nos enfants une belle
expérience personnelle et cognitive en autant que l’on
puisse vivre cette dernière dans un climat empreint de respect
et en toute sécurité. Ce qui n’est pas un acquis en soi…
C’est la rentrée des classes et pour certains garçons et
certaines filles c’est l’impasse et même la grande menace; on
sait que l’on risque d’être la cible de plaisanteries et
d’intimidations. Et pour combien de temps ? Combien de fois ?
Trop souvent des jeunes vivent des situations très difficiles et
non provoquées.
« À force de te faire écœurer, tu te penses poche, pi là t’en
viens à ne plus t’aimer, tu t’arranges toi-même. t’en parle pas
à personne parce que t’as peur. Pi là ça empire de jour en jour,
ça reste dans ta tête toute la journée , pi tu rumines ça le
soir, pi un moment donné, t’es pu capable parce que tu vois pas
de sortie. »
« Mon voisin yé de même, il est super beau, pi il se pense le
meilleur. Il se dit « moi, je suis le meilleur »
mais au bout on voit qu’il a un sérieux problème d’estime de
soi. C’est ça qui le pousse à descendre les autres, les
bousculer, surtout ceux qui sont bons à l’école. C’est sa façon
de se donner de la valeur.»
« Quand j’étais en 6ième année, je me faisais écœurer par une
gang de filles. Je pleurais. Une surveillante m’a aidée. J’ai
réagi, j’ai dit aux filles : Allez-vous en! Je n’ai pas peur de
vous ! Elles ont su que j’avais parlé à la surveillante. Elles
m’ont trouvé platte. Mais elles ont eu peur et ont arrêté de
m’intimider. »
« Des fois, y en a d’autres qui arrivent pi
qui disent : frappe-le, frappe-le ! eux ,ils embarquent
juste pour le fun. Pi, c’est l’escalade. »
(Source : témoignages recueillis lors du projet Brise le
silence)
Nous entendons fréquemment ce genre de témoignages dans nos
écoles québécoises et nous ne savons malheureusement pas quand
cela cessera et comment intervenir adéquatement. C’est pourquoi
en ce début d’année scolaire nous lançons un appel à tous -
adultes et jeunes - afin de briser le silence et arrêter
l’intimidation, la menace et le chantage.
Plusieurs facteurs doivent être considérés lorsqu’on décide de
s’attaquer à ce phénomène de violence et nous nous permettons
humblement d’en énumérer quelques uns qui ont retenu notre
attention lors de la mise sur pied de nos projets de prévention
du taxage et de l’intimidation en milieu scolaire.
La dénonciation et l’anonymat
On dit toujours aux jeunes qu’il est important de dénoncer et
ces derniers comprennent très bien l’importance de ce geste.
Cependant, la dénonciation ne constitue certainement pas chose
facile à faire parce que, trop souvent, le dénonciateur
craint de devenir la prochaine victime. Les élèves sont donc
prêts à aider leur prochain, mais quand même pas jusqu’à
recevoir la prochaine pierre ! C’est, entre autres, pour cette
raison que nous croyons qu’il s’avère crucial de développer et
de mettre en place des moyens de dénoncer les actes
d’intimidation tout en conservant un minimum d’anonymat ou du
moins, que l’agresseur ne puisse identifier la personne qui
dénonce sans que cette dernière soit d’accord.
Il faut également bien insister sur la définition du mot
dénoncer dans la mesure où l’on relate un événement qui s’est
passé dans le but d’aider une communauté à résoudre un problème.
Ce geste est bénéfique et profitable pour toute la communauté
scolaire; une personne responsable se doit donc de dénoncer de
tels gestes inacceptables pour un milieu de formation personnel
et social qui valorise la dignité de chacun.
L’influence des pairs
Il ne faut jamais oublier le très grand pouvoir d’influence que
peut renfermer la communauté scolaire. Un message clair transmis
par des élèves qui partagent une réaction négative envers un
autre élève, lorsque celui-ci intimide, l’invitera par le fait
même à ne plus répéter son manège. L’agresseur se rendra alors
très vite compte qu’il n’a rien à gagner en se mettant à dos des
personnes qu’il côtoie quotidiennement. Toutefois, il faut
parfois que les directions d’école ainsi que les enseignements
facilitent cette prise de conscience commune des élèves et leur
mobilisation contre ces comportements inacceptables.
À l’inverse, lorsqu’une personne est encouragée et admirée par
ses pairs parce qu’elle intimide d’autres personnes, cette
dernière ne verra probablement que des avantages à avoir son lot
de victimes. Les témoins d’actes de violence se voient donc
attribués leur part de responsabilité et doivent être sensibles
à ce que vivent leurs pairs.
Les cibles
Il n’est pas si facile de décrire le portrait type d’un élève
victime d’intimidation. Le fait qu’une personne soit obèse ou
maigre, qu’elle ait des problèmes d’acné et/ou porte des
lunettes, ou encore, qu’elle ait de trop bonnes ou de trop
mauvaises notes à l’école ne semble pas signifier qu’elle sera
victime ou non d’intimidation. Toutefois, l’agresseur se servira
certainement de ces caractéristiques pour «écoeurer» sa victime.
Il faut porter une attention particulière aux élèves qui se font
intimider à répétition et qui ne disent rien. Le fait qu’une
victime garde le silence donne à son agresseur le pouvoir et la
liberté de l’intimider à tout moment. L’on se rend compte alors
une fois de plus l’importance de dénoncer et de briser le
silence :
«J'étais muet dans le silence
Je me suis tu
Quoique malheureux, la douleur me tuait!
Mon coeur brûlait
Au-dedans, un brasier me consumait
Puis la Parole vint à ma langue!
Brise-le, dis-le à n'importe qui, que ça soit ton père, ton
frère, ton ami
Pète-le, dis-le à n'importe qui, que ça soit la police, miss, ou
la psy
Il faut qu’ tu sortes de l'engrenage mon fils
Oublie les menaces, il faut que tu nages mon fils
Baisses pas les épaules, il faut que tu oses ma fille
Dis-le à tes amies, soit pas soumise!
C'est plus que des rimes, c'est mon âme qui crie
C'est plus que du rythme, c'est pour toi que j'écris
Hey, dis-le à quelqu'un j’ te dis
Brise-le j'ten supplie
Bref, t'as maintenant la clef du réveil»
(Source : paroles de la Chanson Brise le silence de Monsieur
Dave Nicolas)
La répétition
Parler une seule fois de l’intimidation avec les jeunes suffit
parfois à se donner bonne conscience, mais ce n’est pas
suffisant pour obtenir l’impact désiré. Il est préférable d’en
discuter fréquemment, de ne pas banaliser les événements
rapportés et d’utiliser plusieurs outils de prévention.
La recherche de solutions
Enfin, nous croyons que la recherche de solutions doit se faire
en collaboration intime avec les personnes qui sont aux prises
avec le phénomène de l’intimidation, c'est-à-dire les jeunes, le
personnel école et tous les professionnels qui oeuvrent auprès
de la jeunesse tels le travailleur social, l’infirmière, le
policier etc.. Ces solutions doivent être réalistes et
applicables mais aussi acceptées par tous les partis impliqués.
Ce qui nous amène à spécifier qu’il faut penser à des solutions
pour les victimes, mais aussi pour les auteurs des gestes
d’intimidation car il serait néfaste de tout simplement les
mettre à l’écart. Plusieurs organismes ont développé des
programmes de prévention de la violence, des mesures
alternatives à la judiciarisation ainsi qu’une gamme de projets
qui visent la paix sociale et nous vous invitons par le fait
même à nous écrire via notre site internet
www.briselesilence.com et nous faire connaître les actions à
succès qui aident les élèves à vaincre ce phénomène qu’est
l’intimidation.
Nous espérons que ce bref article encouragera les communautés à
continuer de dénoncer les actes d’intimidation afin que nos
écoles demeurent un lieu privilégié d’apprentissage et
d’épanouissement pour tous. Bonne rentrée scolaire !
Les Réactions :
Une ancienne victime... dit :
Il faut toujours en parler, c'est la seule solution, je sais à quel point c'est difficile, j'ai passé par la au secondaire. Je sais combien de nuit j'ai passé à pleurer et a me demander pourquoi moi. Il faut absolument en parler. Moi je voulais pas en parler, j'avais tellement honte de ça. Je voulais meme pas en parler a ma meilleur amie (ont allais pas a la meme ecole, donc elle ce doutais de rien), j'avais peur que si elle savais ca, qu'elle me rejecte a son tour. Mais un jour, j'ai écrit une lettre qui expliquais tout ce que je vivais, je lavais écrite pour me libérer et je lavais ensuite cacher, mais quelqu'un la découvert et ca été la meilleur chose. Parlez en! Ca va vous faire du bien. Et perder jamais espoir.
Cote :
Excellente - J'en recommenderais la lecture
siely dit :
j'ai aimé lettre ouverte car elle répond aux differents probèmes que vivent certains élèves en milieu scolaire de telles initiatives concouront à reduire au maximun cette intimidation grandissante merci
Cote :
Excellente - J'en recommenderais la lecture