Une justice sur mesure dans un monde complexe - Regard sur des projets prometteurs

L'univers dans lequel nous vivons se transforme à une vitesse exponentielle. Le développement des nouvelles technologies, notamment des communications et de l'ingénierie, pose des défis sans précédent tant aux éthiciens, aux législateurs et aux décideurs, qu'aux intervenants scolaires, communautaires, psychosociaux, policiers, judiciaires, correctionnels...

Parallèlement à cette évolution, et en partie liée à elle, les frontières s'estompent. La mondialisation entraîne l'amplification et la complexification des formes traditionnelles de criminalité et aussi l'apparition de nouveaux phénomènes - criminalité (fraude, harcèlement, exploitation sexuelle…) informatique, traite des personnes, sur lesquels on devra se prononcer, peut-être légiférer, très certainement intervenir, agir.

Le développement de la personne, dans ce monde en pleine transformation, paraît aussi se compliquer. Là aussi, les frontières s'estompent. La jeunesse s'étend jusqu'à la jeune trentaine de sorte qu'il faut repenser la limite des programmes qui prennent fin lorsque la clientèle atteint 18 ans. De même, aux intervenants, quel que soit leur champ d'action, il appert que les problèmes individuels - violence, toxicomanie, santé mentale, criminalité… - se conjuguent souvent, deviennent plus lourds à porter, plus lourds à traiter. La tâche s'en trouve compliquée d'autant : par où commencer, quoi prioriser, jusqu'où aller, comment y arriver? La nécessité du travail d'équipe, multidisciplinaire, en partenariat, s'impose. Surgit alors une autre source de difficultés à laquelle il faut remédier pour aller de l'avant et réussir à mettre en place un véritable continuum de services souhaité de toutes parts : il faut apprendre à travailler ensemble, faire tomber cette fois les limites de l'intervention découlant du travail en silo.

La complexité des problématiques criminologiques auxquelles nous nous trouvons confrontés et des réactions sociales et pénales qu'elles provoquent, aussi bien à l'échelle mondiale que locale, n'appellent évidemment pas des solutions simplistes, mais plutôt des actions concertées basées sur des résultats de recherches probants, issus de l'évaluation des projets mis en place ou à venir. Car s'il y a place pour la reproduction des initiatives qui ont fait leur preuve, il y a encore, inévitablement, place pour l'innovation.

C'est vers l'exploration de solutions qui respectent ces postulats de base que se tourne la réflexion que nous amorcerons lors de ce 34ième Congrès. Jeter un regard sur des projets prometteurs, c'est à la fois regarder ce qui se fait actuellement, ici et ailleurs, et sur les résultats obtenus; c'est également se questionner sur ce qui devrait être fait dans l'avenir pour tendre vers une justice et des interventions sur mesure qui tiennent compte des mutations de ce monde de plus en plus complexe.

Marie-Marthe Cousineau
Présidente Société de criminologie du Québec